J’avais oublié à quel point le montage était efficace dans le film de Godard. Avec du recul, je constate l’intelligence dans la mise en scène et le montage, qui donne un style unique au film. Dès le début du film, Michel Poiccard passe à l’action, on apprend vite à connaître ce personnage assez excentrique, irréel. Inspiré du film noir, à la limite, Godard trouve un équilibre entre l’incohérent et le cohérent, l’homme et la femme. Les dialogues ne sont pas improvisés, certaines scènes sont tournés avec une ligne directrice, mais laisse une place au jeu créateur très fertile de Belmondo et Seberg. Une belle complicité dans le jeu des personnages qui donne le ton au film. Une dualité entre eux, mais un amour aussi. La femme est libre, mais toujours confuse, en questionnement ; sur elle, sur Michel, sur le monde qui l’entoure, sur son avenir. (…)
Il y a un manque flagrant de réalisme dans le récit. Dans ce qui est de la mise en scène, les éclairages sont très naturels, et le film est tourné en muet. Tourné aussi dans les rues, on peut facilement faire le lien avec le néo-réalisme italien.
À noter les nombreuses références artistiques et culturelles que Godard fait tout au long du film. JLG emploie les figures de style pour mettre son histoire en image et en sons, comme l’énumération que fait Michel sur Patricia dans la voiture.
En sommes, À bout de souffle est un collage signé JLG.
Godard, à peu près en même temps que plusieurs autres cinéastes à travers le monde, a imposé un style nouveau, qui inspirera d’ailleurs les générations futures du cinéma français, et mondiale. 1959-1960, les années du commencement de la Nouvelle Vague française. On peut aussi parler du cinéma new-yorkais (la ville longtemps nommé comme la capitale de l’art…) avec Cassavetes (Shadows en 1958), ou le Free Cinema en Angleterre. L’âge d’or du cinéma.