Clint Eastwood dresse là un excellent portrait d’une Amérique ténébreuse et tourmentée en prenant prétexte de la vie personnelle d’Hoover pour raconter la folie et le délire du pouvoir. Comment les secrets et les rancoeurs d’un homme ont produit une société policée et vertueuse assise sur ses faux semblants. En faisant d’Hoover ce personnage falot, fou et mégalomaniaque, magistralement interprété par DiCaprio, Eastwood décortique la pudibonderie américaine et la manière même dont celle-ci réécrit sa propre histoire. Il transcende la psychologie un peu caricaturale de son personnage pour en faire un mythe glauque et sordide de l’histoire américaine, cherchant à en percer les zones d’ombres par un magistral clair-obscur cinématographique (même si de nombreuses facettes d’Hoover demeurent dans l’ombre). J. Edgar est un film puissant et sensible sur la psyché américaine, qui pousse le personnage (et l’Amérique qu’il incarne) jusqu’à ses pires contradictions. Puissant, indéniablement.