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Voyage au fond de soi-même

Articulé de manière calme et contemplative, ce premier film du réalisateur argentin Pablo Giorgello est un moment de grâce absolu. En effet, pris dans un huis clos intimiste, le spectateur arrive à ressentir de manière parfaite la solitude et la tristesse du personnage principal, nous emportant dans un « road-movie » où la parole se fait rare. Las Acacias, nom chargé de poésie, est donc un film hautement sensoriel et émotionnel. Nous sommes d’emblée emmenés dans le film par un rythme lent et serein, qui sera la marque, tout au long de celui-ci, de ce jeune cinéaste déjà très prometteur.

L’histoire, épurée et dénuée d’artifices, n’en est pas moins intéressante qu’elle propose une réflexion pertinente sur la solitude de l’homme et le rapport avec la parole. Le héros, que nous suivons tout au long de l’œuvre, est un camionneur, âgé de la quarantaine et enfermé, tant dans la cabine de son véhicule que dans l’obsession de son silence et de sa solitude. Il fera, par la suite, la rencontre d’une jeune femme et de son bébé, qu’il emmènera, dans un long voyage, du Paraguay à Buenos Aires.

Cadencée par une caméra essentiellement de plans fixes, l’esthétique du film épouse parfaitement la charge émotionnelle des personnages. Ainsi, la couleur de la pellicule, chatoyante, chaude et merveilleusement orchestrée par Diego Poleri, est un voile parfait pour dépeindre ce que les mots ne disent pas. Tout au long du film, la parole se fait moins rare et les personnages se reflètent et se construisent lentement. Le héros, Ruben, face au regard de l’enfant et de la mère, est confronté à la figure du père qu’il n’a jamais pu être. De ce fait, le film retrace de façon parfaite le conflit intérieur d’un personnage perdu et errant.

Las Acacias, film dont la musique entraînante n’est autre que le moteur toujours allumé d’un camion, réussi avec brio à renouer avec un genre cinématographique souvent compliqué à traiter : le « road-movie ». Mêlant différents thèmes et accentuée d’une émotion intense, cette œuvre pourrait être le départ d’une carrière brillante pour Pablo Georgelli, nouveau représentant d’un cinéma argentin toujours plus présent sur la scène internationale.