Oublions la formule éditoriale et conforme de la critique, voici quelques commentaires sur un film qui m’a frappé par sa fraîcheur (en comparaison à l’oeuvre de Woody Allen dans son ensemble) et son honnêteté.
Joey dit à sa mère qu’elle est trop parfaite pour être de ce monde, que derrière le psyché malade de celle-ci se cache un esprit malade. Le soucis de perfectionnisme qu’éprouve la mère des trois filles en décorant plusieurs appartements reflète une réalité unique dans l’oeuvre de Woody Allen. On voit maintenant des personnages plus sobres que dans les autres films de ce dernier. Plus sobre, certes, mais ayant tous des liens forts entre eux, des liens qui finiront pas se renforcer, vu la mort de la mère et le sauvetage que Pearl (la nouvelle femme à Arthur, le père des trois filles) effectue en faisant la respiration artificielle à Joey. Ainsi, la réputation perverse et négative que Pearl avait s’efface pour montrer une femme ayant tout de même du cran, des sentiments et une intelligence humaine qui n’était pas nécessairement apparente à première vue. (…)
Le réalisateur américain réussi à formuler des personnages aux défauts et aux angoisses différents tous l’un de l’autre, il réussit aussi à confronter ses personnages, à leur faire découvrir leur vrai nature, et ce particulièrement à la maison sur le bord de la mer. Cet endroit calme, propice à la fois au drame et à la réconciliation, sera le théâtre d’un bouleversement majeur dans la famille. (à voir vous même dans le film)
Un peu comme Stardust Memories, on voit l’influence de Fellini, voir même de Bergman dans ces deux oeuvres de Woody Allen. La mise en scène est d’une honnêteté impressionnante. Le rythme rend hommage aux émotions que les personnages vivent, Renata dans son isolement ressent un mal de vivre. Cette femme est sensible, mais forte d’esprit, et tout comme Woody Allen lui-même, la phobie d’une mort proche la hante constamment. Interiors est une ode aux huis-clos introspectifs, c’est du Woody Allen sans humour, mais avec beaucoup de vérité, de poésie douce. Le divorce n’aide pas la pauvre mère, elle ne vit plus, elle survie, en attente du retour de son mari, qui voudra penser à lui pour une fois dans sa vie. Sans se reprocher quoi que ce soit, il se remarie. La mère se noie volontairement et met fin à sa souffrance existentielle. Incomprise, elle n’avait plus de raison de vivre, elle n’avait raison de vivre que pour son mari… qu’elle aimait instinctivement, malgré sa maladie et son absence de lucidité.
La mer est calme à la fin du film, les trois filles, alors réunies… regardent à l’horizon, l’horizon où leur mère repose maintenant en paix. Elles ont maintenant la conscience tranquille, sans mauvaise fois bien sûr. Leur mère souffrait trop de l’injustice du monde. Flynn, Renata et Joey, sur le bord de la fenêtre. Joey dit que la mer est calme. En effet.
L’esprit malade, Woody Allen termine le tout sur un silence parfait, démontrant combien les trois filles sont maintenant unies plus que jamais, unies silencieusement, jusqu’à leur mort.