Pour les gens de mon âge, Alan Parker est un cinéaste générationnel, très ancré dans sa période : les années 80. C'est un cinéaste qui a joui d'une grande aura, sans doute trop importante, puis qui s'est ensuite fait littéralement descendre par les mêmes gens qui l'adulaient, comme si les jeunes hommes ne supportaient plus ce qu'ils avaient aimé durant leur adolescence. Il faut dire que le cinéma d'Alan Parker est rempli de ce que j’appellerai des codes d'identifications adolescents qui se démodent aussi rapidement qu'ils sont arrivés.
Pourtant, Alan Parker a laissé deux grands films, toujours beaux aujourd'hui. "Angel Heart", formidable cauchemar filmé, pourtant très marqué et très daté esthétiquement, mais un film où l'interprétation et la force de la narration l'emportent sur une mise en scène vainement tape-à-l'oeil. Et "Mississippi Burning", le film d'après, sorti en France en mars 1989, que je revoyais ce soir sans l'avoir vu depuis une bonne quinzaine d'années. Si ce film a étonnamment bien vieilli, c'est sans doute parce qu'il est le seul film du cinéaste qui ne soit pas exagérément marqué esthétiquement. Le film est sobre, ni criard, ni gueulard, ni trop éclairé, ni cadré par Rémi Julienne. Il pourrait presque porter la signature d'un Clint Eastwood période "Un Monde Parfait".
Si "Angel Heart" avait réalisé de cette manière, il pourrait revendiquer l'étiquette de chef-d’œuvre. Dommage. De chef-d’œuvre, Parker n'en laissera finalement aucun. Mais qu'importe : il a, à la fin des années 80, décennie de son apogée, mais qui annonce également sa chute, réaliser deux beaux films de suite. J'avais envie, ce soir, de réhabiliter celui que j'ai trop souvent, avec un malin plaisir, descendu.